DANIEL DELABESSE
Daniel Delabesse est comédien, au Théâtre de la Commune.
Il travaille avec Didier Bezace et il joue Brecht ou Peter Weiss... 
Il rêve d'être un jour Alceste...

Son site :
Les ch'mins d'Couté
daniel.delabesse@wanadoo.fr

Il joue aussi... Gaston Couté !

Quand on lui demande pourquoi Couté, il répond :

Vernou en Sologneparce que, un siècle après rien n'a changé, le monde oui, mais le coeur des hommes, non!
parce que, c'est toujours "les grous chiens qui mangent les ptits"
parce que, l'on dit toujours par chez moi, "mieux vaut vivre en Sologne et avoir son héritage en Beauce"
parce qu'il n'est dans aucune anthologie de poésie
parce qu'il n'est pas seulement un chansonnier et un poète patoisant
parce qu'il est le père de tous les Brassens
parce que dans ses textes il y a du Georges Sand, du Balzac et du Zola
parce que c'est un gâs qu'a mal tourné
parce qu'il parle de nos grands-mères, de nos grands-pères... .de notre mémoire
parce que je suis Solognot

Les Ch'mins d'Couté : Daniel Delabesse joue Gaston Couté
au Théâtre-Studio d'Alfortville (30 mars 2002)

  Il y a des jours de fin mars qui sont aussi beaux qu'au cœur de mai. Des nuits où on quitte Paris à deux heures du matin, les yeux encore humides d'émotion, encore sous le choc de ce qu'on vient de voir… Gaston Couté, cet auteur qu'on croit connaître un peu, qu'on redécouvre à chaque fois... et à qui Daniel Delabesse  donne accès au "théâtre"...

Théâtre-Studio d'Alfortville, dernière porte à droite avant Paris quand on vient de l'est…Un ancien entrepôt à vin ! Vin rouge, y a pas de doute ! Un lieu idéal pour Couté ! Pour dire ou chanter du Couté… Non, pour "jouer" du Couté ! On parle souvent des "chanteux", des "diseux" de Couté, on ne pense pas à un "théâtreux" de Couté, mais c'est pourtant évident après le spectacle !

  Sur scène, trois fois rien… Un banc pour asseoir un traîneux, qui se transformera au cours de la soirée en banc d'école, en table de banquet de noces, en cercueil pour champ de naviots, en lit de mort pour enfermée, en comptoir de bistrot,  ultime barrière pour interdire l'accès à la saoulée de vin à celui qui rêve.

  Et puis le noir se fait… comme au théâtre ! Puis la lumière revient… et Daniel est assis sur son banc pouilleux, face aux spectateurs. Dans son dos, un gars à l'accordéon, Teddy Lasry. Teddy faisait le saxo dans Magma, il en fut l'un des fondateurs avec Christian Vander ! C'est une pointure… qui a composé toutes les musiques du spectacle.

  Et ça commence ! Avec le "Christ en bois" ! Juste pour préciser à ceux qui ne connaissent pas Gaston à qui on a à faire, leur montrer où ils ont mis les pieds… "Le cul gelé, les membres qui guerdillent", au début ça fait rigoler ! Mais quand il s'agit "du Christ ed l'Eglise, du Christ ed' la Loué, d'un mann'quin au sarvice des riches", les rires cessent…

  Mais pourquoi il parle un peu drôle, ce gars-là ? Alors, Daniel, la clope au bec, un peu comme un SDF de nos jours, leur explique, aux petits jeunes, aux abonnés, le "Patois" de chez lui… Et à partir de là, tout le monde comprend et la langue ne sera plus un problème… Tous les mots vont atteindre leur cible, sans ambiguïté. La demoiselle à l'accueil, pas très beauceronne, plutôt antillaise, fera résonner son beau rire au cours de la soirée… on n'entendra pas ses soupirs émus, mais on les devinera.

Savoir "actualiser" la langue de Couté sans la dénaturer... Les propos de Couté sont toujours vrais... et Daniel Delabesse joue Couté dans l'esprit Couté, cher à Vania Adrien Sens ! Débordant de générosité, de révolte, de tendresse et de poésie. Un grand moment ! De l'émotion, une petite larme de temps en temps, des sourires aux coin des lèvres parfois, le poing qui se serre très souvent ! Daniel dit voyager en faisant l'acteur, alors on le suit sur ses ch'mins d' Couté. Des ch'mins de traverse. Daniel est de là-bas, il connaît le soi-disant patois qu'utilisait Couté, mais il n'en abuse pas. Il ne demande pas au spectateur de faire l'effort de se transporter un siècle en arrière, de s'initier à une langue inconnue. Non, il ramène Couté à aujourd'hui, c'est lui qui fait l'effort, c'est Gaston qui voyage et vient vers nous ! Il ne francise pas la langue, il fait en sorte que lesnon-inities découvrent le gars qu'a mal tourné sans en perdre la moitié !

Alors, vont se succéder, "L'école" et les p'tiots matineux de cet instit, grand malfaiseux devant la nature, les amours tristement débutants de "l'Idylle des grands gars", avec une rose dans la main qui se fane trop vite à cause du monde,

L'Idylle des grands gars... avec la rose

les noces tristes des femmes de paysans du "Foin qui presse" ...
Daniel arpente la scène de long en large à grands pas, comme pour la mesurer, et entonne les "Bornes" qui arracheront des rires, quelques applaudissements, car il y a des moments où on ne peut pas se retenir.

Et puis, la "Toinon" ! Comment dire la Toinon en faisant oublier la chanson qu'en a faite Gérard Pierron. Daniel campe un petit paysan un peu amer de voir celle qu'il a aimée se donner pour quelques billets de mille… et on n'a plus envie de chanter… Ça l' gêne de la voir riche et de se voir si pauvre !

Et  la charge des "Gourgandines" ! "Les Gourgandines : le retour". C'est "La visite de la vielle dame" de Dürrenmatt… Pis v'là coumm' ça qu'est ! Et la deuxième partie du texte démarre puissante, dévastatrice. C'est très fort, cette montée... avec l'accordéon derrière qui soutient ces pauvres filles qui reviennent, tête haute, au village. Elles ne sont plus des Gourgandines, mais des Walkyries !

Le "Champ de naviots" sera aussi magnifique avec cette façon de balancer le "dans l' champ de naviots" à la fin de chaque strophe comme une évidence... comme un aboutissement inévitable. On ira tous…, pas au paradis, mais dans le champ de naviots ! Et puis, la vieille "Enfermée", au visage immobile, dans le noir absolu sauf le visage impassible de la vieille qui attend qu'on l'emporte… dans l' champ d' naviots !

Les "P'tits chats" sont aussi admirables, autant qu'abominables ! Le petit paysan malin qui vient donner un p'tit conseil "pratique" en passant... à cette pauvre fille au ventre enflée ! "Après vendanges" où le traineux, le mauvais gars, le mal pensant, n'a même plus droit à la chimère douce des saoulées de vin ! La fin approche, la mort est imminente. Paris a bouffé le révolté… Le paysan, le jacques a perdu… et il rentre au pays avec sa défaite ! Et c'est "Jour de lessive"…, la valise pleine de ses déchirures, de ses blessures mortelles et de ses "maman, maman", si difficiles à rendre, mais que Daniel maîtrise sans tomber dans le drame, ni les pleurnicheries !

Et pour finir, le "Cantique païen"... Daniel le dit très classique, parce que… il faut bien le dire, Couté est aussi un grand poète… et ce qui était à démontrer est démontré ! Ceux qui découvrent n'en reviennent pas, mais ils y reviendront. Ceux qui connaissent y reviendront aussi…

J'ai fixé le ciel étoilé,
Mais le ciel hélas ! m'a semblé
Trop haut pour mon rêve…